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Comment faciliter la transition de vos patients de l'hôpital à la maison

Jennifer George

 

Il y a cinq ans, j’ai eu la chance de me découvrir une passion pour la réadaptation des patients hospitalisés. En tant que physiothérapeute, je prône une approche axée sur l’évolution des soins; en tant qu’être humain, je vis pour m’épanouir et je ressens chaque jour une grande reconnaissance pour mon autonomie.  
 

Je me suis rendu compte que, peu importe le niveau de complexité médicale, une des expériences les plus vulnérables dans le parcours de mes patients est le moment où ils doivent retourner à la maison après un séjour à l’hôpital. Leurs diagnostics vont bien au-delà de ce qui leur est arrivé, c’est ce qui a fini par changer leur vie.
 

Imaginez votre nouveau patient : un père d’âge moyen avec un diagnostic de syndrome de Guillain-Barré. Il travaillait à temps plein, élevait sa fille qui avait des besoins spéciaux et il était autrement en bonne santé. Avant de le voir en consultation, vous commencez à examiner son dossier médical pour comprendre son histoire le plus possible.     
    

Vous lisez qu’il a soudainement éprouvé une faiblesse à la maison et n’a pas été capable de se lever du divan. Les services médicaux d’urgence ont été appelés et on l’a emmené à l’urgence de l’hôpital. On l’a évalué, puis on l’a renvoyé chez lui. Vous lisez ensuite que les faiblesses ont persisté. Il a finalement été admis pour des soins de courte durée et a reçu un diagnostic de syndrome de Guillain-Barré.  
 

Après quelques semaines de soins de courte durée, son état de santé s’est stabilisé et l’équipe a décidé qu’il était prêt pour un traitement plus intensif dans un programme de réadaptation fonctionnelle pour les patients hospitalisés.  
 

Voici donc maintenant votre patient, son état de santé est stable et on lui a recommandé de participer à un traitement plus intensif pour se préparer à retourner à la maison de façon sécuritaire. Il y a essentiellement trois étapes si vous désirez guider votre patient afin qu’il se prépare avec confiance pour le prochain chapitre de sa vie.

 

La première impression

Étant son physiothérapeute, vous reconnaissez l’importance de ce premier rendez-vous dans la capacité de votre patient à déterminer s’il peut vous faire confiance pour le guider afin qu’il regagne son autonomie. Vous reconnaissez que si vous n’établissez pas une relation thérapeutique de confiance, tous les résultats des évaluations et les approches de traitement subséquentes seront vains. En fait, vous savez que ce premier rendez-vous est précisément le moment où vous allez commencer à faciliter la transition de votre patient de l’hôpital à la maison. 
 

Lors de votre premier contact avec votre patient, vous lui demandez la permission et son consentement pour l’évaluer. Il accepte, mais est manifestement mal à l’aise, incertain et dépassé. Vous comprenez qu’il y a tellement de changements qui surviennent autour de lui qu’il peut se sentir comme s’il avait perdu son sentiment d’identité indépendante. Vous faites de votre mieux pour le mettre à l’aise; vous pouvez l’orienter vers l’unité, lui offrir de brancher le chargeur de son cellulaire dans la prise à côté de son lit et lui expliquer, à lui et sa famille, la nature du programme de réadaptation.   
 

La première impression est le moment de permettre à votre patient de raconter toute son histoire, de partager son histoire avant qu’il ne tombe malade, d’exprimer ses inquiétudes et ses sentiments et de vous faire part de ses objectifs. Montrez votre curiosité ici, posez plusieurs questions et portez attention autant au verbal qu’au langage non verbal afin de recueillir l’information qui vous aidera à lui donner les meilleurs soins possibles.
 

Vous ressentez sa frustration envers le système dans son ensemble : le manque de suivi complet lors de son admission à l’urgence, le manque de communication entre les membres de son équipe et la frustration qu’il exprime à l’égard de son état actuel de faiblesse. Vous reconnaissez que la transparence, l’intégrité et la compétence sont importantes pour lui.
 

Quand vous lui demandez quels sont les buts du traitement pour lui, il répond : « Rentrer à la maison et aller mieux ». C’est exactement pour cela que vos patients vont vous voir, même s’ils ne veulent vraiment pas être à l’hôpital, ils acceptent de participer parce qu’ils croient que vous avez l’expertise et l’expérience pour les aider à rentrer à la maison.
 

Même s’il est clair et catégorique au sujet de rentrer à la maison, l’objectif lui-même est vague. Votre question de suivi pour cet objectif comprend la question : « Seriez-vous d’accord pour rentrer à la maison de façon indépendante en utilisant une marchette ou une canne? » Lorsque vous le rejoignez quelque part entre où il est rendu et là où il espère être, vous vous apercevez qu’il s’ouvre à l’idée de discuter de ses objectifs. 

 

La collaboration

Jusqu’à son admission en réadaptation, votre patient pourrait avoir de la difficulté à surmonter le sentiment d’institutionnalisation. Son séjour en soins de courte durée peut avoir été de nature plus protégé, l’encourageant à passer plus de temps au lit ou dans un fauteuil roulant jusqu’à ce qu’il sente que son état de santé est plus stable.
 

Comme vous pouvez l’imaginer, en expliquant la nature du programme de réadaptation, un programme dans lequel l’autonomie dans un milieu contrôlé est prudemment encouragée, vous pouvez vous rendre compte que votre patient est incapable de s’imaginer indépendant à distance à nouveau. Au fur et à mesure que ses séances de traitement passent, vous pourriez découvrir que vous êtes une des premières personnes à qui il confie ses inquiétudes et ses commentaires puisque vous avez démontré d’emblée que vous aviez ses intérêts à cœur.
 

L’étape de la collaboration est un dialogue continu et une continuité des soins entre vous, votre patient et son équipe de fournisseurs de soins de santé. En assurant le suivi de ses besoins et en le référant à d’autres membres de l’équipe pour lui offrir des soins complets, il aura encore plus confiance en vous, en son équipe, dans le système et il vous verra plus comme un partenaire dans l’amélioration de son état de santé.
 

À cette étape, vous encouragez votre patient à s’impliquer davantage dans ses soins et dans l’atteinte de ses objectifs puisque ses séances de traitement avec vous ont une orientation fonctionnelle. En effet, ils intègrent un plan de soins qui simule ses activités de la vie quotidienne, ses loisirs, ses intérêts et ses postures et positions liées au travail. C’est dans ces moments que votre patient devient naturellement plus ouvert à discuter de ses besoins et services prévisibles. Ce qui aidera votre patient à changer sa perspective d’obstacles perçus et de perte à une perspective de progrès et d’espoir de solutions.  
 

Tôt ou tard, votre patient fournira plus d’information au sujet de ses préoccupations et ses objectifs en matière de santé plutôt que de garder cela pour lui. C’est pour vous la seule façon de vraiment répondre à ses préoccupations et de l’aider à atteindre ses objectifs. Finalement, le grand objectif de rentrer à la maison est divisé en objectifs successifs plus petits, mis de l’avant par votre patient et guidés par votre expertise et votre communication. Son attention passe de ce qu’il ne pouvait pas faire à ce qu’il peut présentement faire de façon indépendante et ce qu’il veut ou a besoin d’être capable de faire pour rentrer à la maison de façon sécuritaire.

 

La transition

À cette étape, vous avez guidé et préparé votre patient sur le plan fonctionnel pour son retour à la maison. Vous pourriez constater que vous revoyez constamment la mobilité sûre et l’éducation complète sur les risques et les avantages du retour à la maison et des recommandations pour réduire les risques.
 

Vous vous apercevez que ceci est un bon moment pour offrir de l’éducation à votre patient et aux membres de sa famille et aux amis en qui il a confiance. Plusieurs patients ne se rendent pas compte que leur famille ou leurs proches aidants peuvent jouer un rôle crucial dans leur progrès. Souvent, ce sont les membres de leur famille qui reconnaissent les améliorations considérables dans leurs fonctions depuis la blessure. Une telle reconnaissance donne à votre patient une meilleure idée de ses capacités et peut réduire ses craintes face au retour à la maison.
 

À cette étape, vous faites aussi de votre mieux pour vous assurer qu’il ne reste aucun détail à régler quand votre patient rentre à la maison. Grâce à l’éducation et des recommandations appropriées à des fournisseurs de soins en consultation externe, vous vous assurez que sa maladie chronique n’est pas négligée et qu’il reçoit le traitement nécessaire. Ceci permettra à votre patient de mieux comprendre la nature de sa maladie, la durée de sa guérison et la nécessité de continuer les soins de suivi.
 

Lorsque le moment sera venu pour votre patient de quitter l’hôpital et de rentrer à la maison, il sera évidemment anxieux et inquiet, mais il se sentira capable de gérer lui-même ses besoins en matière de soins et ses capacités. Il commencera à se sentir prêt à entamer le prochain chapitre de sa vie, un chapitre rempli d’espoir, de courage et d’indépendance. 

 

 

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