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REP 12 - « Ça va. C’est pour un ami! » - Pris dans le filet d’une pratique contraire à l’éthique

Anonymous

J’étais nouvellement diplômé quand j’ai commencé à travailler dans une clinique privée où l’on soignait surtout des patients victimes d’accidents d’automobile (VAA). À l’époque, je n’avais vu que quelques patients de ce type, et je peaufinais encore mes habiletés pour remplir et soumettre leurs formulaires de traitement aux sociétés d’assurance.

J’étais enthousiaste à l’idée d’en apprendre davantage sur cette population unique et sur les moyens d’aider ces patients souvent aux prises avec des douleurs chroniques et des problèmes psychosociaux.

Tandis que je m’installais et que je commençais à préparer mes plans de traitement pour les VAA, j’ai remarqué quelque chose de bizarre : mon patron, un chiropraticien, modifiait mes plans de traitement en ligne. Il les soumettait ensuite en mon nom, avec mon numéro d’inscription. 

Par exemple, si je pensais qu’un patient avait besoin de dix séances de physiothérapie, je remarquais que ce nombre était passé à 20 séances. 

J’ai commencé par être confus. Ce chiropraticien travaillait dans une autre clinique du réseau. Comment pouvait-il connaître les besoins des patients? 

Cependant, je me suis rendu compte que d’autres physiothérapeutes de la clinique, nouvellement diplômés comme moi, subissaient ces « mises à jour ». 

Ce constat s’est révélé à la fois exaspérant et épuisant. 

La perspective de protester nous a fait craindre de perdre notre emploi. 

Après une semaine de réflexion, j’ai décidé de contester. J’ai dit à mon patron : « Vous ne pouvez pas soumettre les plans de traitement des VAA avec mon numéro d’inscription. Puisque je suis le physiothérapeute, je suis le seul à le pouvoir. » 

Mon patron a accepté ma revendication.

Toutefois, la situation s’est produite de nouveau. Mon patron a modifié mes plans de traitement et les a soumis à l’aide de mon numéro d’inscription.

J’ai protesté de nouveau, en personne. J’ai contesté par écrit, par l’entremise de mon courriel d’employé, et la situation a fini par se régler… pour mon numéro d’inscription. 

Mon patron a continué de modifier les plans de traitement et à les soumettre à l’aide des numéros d’inscription de mes collègues qui n’avaient pas été aussi fermes que moi.

Après cette expérience désagréable, je me suis demandé : « Pourquoi ce type de problème n’est-il pas étudié à l’université? » 

Dans un autre cas, j’ai remarqué que la société d’assurance avait reçu une facture pour le traitement « de deux zones » d’un patient en pratique privée.

J’ai demandé aux employés de bureau pourquoi cette situation s’était produite, et ils m’ont répondu que le patron le leur avait demandé. 

Selon le fonctionnement de la clinique, les physiothérapeutes ne signaient pas de formulaires de soins prolongés, ce qui rendait nos numéros d’inscription vulnérables. 

Quand j’ai mis mon patron devant les faits, il m’a répondu : « Ça va. C’est pour un ami. » 

J’ai aussi découvert une double facturation pour les membres de sa famille. 

Cette découverte m’a complètement sonné. 

De toute évidence, il s’agissait d’une pratique contraire à l’éthique. Je lui ai donc déclaré : « Je ne suis pas à l’aise lorsque la société d’assurance reçoit une facture pour deux zones quand je traite une seule blessure. » 

À ces mots, mon patron m’a répondu : « Mais ne peux-tu pas simplement traiter les deux zones? » 

J’ai rétorqué qu’à moins que le patient ait un autre problème, il faudrait que je procède à une évaluation complète pour déterminer si une autre zone devait être traitée. 

En plus de constater la manipulation évidente et frauduleuse de mon numéro de facturation, je me suis senti manipulé personnellement.

Alors que nous aurions dû ressentir un enthousiasme croissant pour la magnifique profession qu’est la physiothérapie, mes collègues nouvellement diplômés et moi nous sentions dégonflés. 

J’ai appelé plusieurs fois le conseiller en pratiques de l’Ordre des physiothérapeutes de l’Ontario (OPO) pour lui parler de mes préoccupations. 

Malgré son soutien et celui de collègues qui avaient un point de vue semblable au mien, je me souviens d’avoir pleuré dans ma voiture à quelques reprises en me rendant au travail. J’étais déçu et accablé par les multiples dilemmes éthiques auxquels je faisais face. 

J’ai finalement décidé de quitter cet emploi. Même si j’avais défendu ce qui me semblait juste, je ne pouvais pas être certain que mon numéro de facturation serait utilisé de manière appropriée. 

J’ai eu l’impression qu’on avait profité de moi, ce qui a eu des répercussions sur ma vie professionnelle et personnelle.

Quand je racontais quelques-unes de ces expériences à des amis physiothérapeutes, ceux-ci se disaient tout simplement dégoûtés et soulagés que j’aie quitté la clinique.

Environ un an après mon départ, j’ai vérifié auprès du Système de demandes de règlement pour soins de santé liés à l’assurance automobile (un système électronique pour transmettre les formulaires de réclamation d’assurance automobile entre les assureurs et les établissements de santé de l’Ontario) pour m’assurer que mon numéro de facturation n’était pas utilisé de manière inappropriée. 

Heureusement, la clinique avait donné une « date de clôture » pour mon numéro de facturation. 

Même si cette expérience s’est révélée très stressante, je ne la changerais pas. Elle m’a permis d’approfondir ma réflexion éthique et d’améliorer mes habiletés décisionnelles. 

Au sein de notre profession, nous devons pouvoir faire ce qui est juste. Notre réputation personnelle et collective en dépend.

 

À votre tour

  1. Avez-vous déjà vécu une situation où d’autres personnes que vous se servaient de votre numéro d’inscription?
  2. Quels conseils donniez-vous aux nouveaux diplômés qui vivent une situation similaire?

 

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