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« Je m’en vais en physiothérapie ». 

Quand un ami, un collègue ou même un membre de ma famille me dit cette phrase, je ressens une certaine déception. 

Je sais, c’est bizarre de ma part. Après tout, je suis physiothérapeute. 

C’est justement la raison de mon mécontentement : je suis physiothérapeute, un professionnel de la santé détenteur d’un doctorat qui possède les compétences et la formation nécessaires pour diagnostiquer et traiter mes patients et pour coordonner leurs soins.

Je ne suis pas le fournisseur anonyme et sans visage d’une forme de traitement générique et accessoire connue sous le nom de « physiothérapie ».

Le traitement que je prodigue à mes patients à titre de thérapeute reflète la formation, les compétences, les connaissances, les expériences et le talent qui me sont propres. 

Ce n’est pas un service de masse.

 

Pourtant, lorsqu’un patient, un consommateur de services de santé, affirme qu’il s’en va en physiothérapie, toute la profession est précisément réduite à cela : un service. 

Je ne pense pas avoir pleinement compris le sens de ce choix de mots apparemment anodin avant d’assister aux séances Graham il y a quelques années. Un participant y a souligné qu’en parlant de leur traitement, les patients ont majoritairement tendance à souligner le « quoi » plutôt que le « qui ». Autrement dit, ils vont « en physiothérapie » plutôt que « chez le physiothérapeute ». 

 

Ça ne semble pas tellement grave, mais ça dénote un problème plus vaste. Après tout, quand une personne parle d’aller « chez le dentiste », « chez le médecin » ou même – préparez-vous –, « chez le chiropraticien », elle lie inconsciemment la valeur du service qu’elle reçoit à la personne qui le fournit. 

Toutefois, quand une personne parle d’aller « en physiothérapie », la valeur est déplacée vers le service lui-même. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi, dans le monde de la santé, cette association semble exclusive au milieu de la physiothérapie. 

Vous n’entendriez jamais quelqu’un dire qu’il va « en dentisterie », « en médecine » ou « en chiropraxie ».

Il est difficile d’établir comment ou quand cette division sémantique s’est formée, mais je suis prêt à parier que c’est parce que la physiothérapie a été créée pour compléter les soins médicaux, c’est-à-dire que les médecins envoyaient leurs patients en traitement et fournissaient aux thérapeutes des prescriptions thérapeutiques détaillées. 

Ainsi, la valeur attribuée aux compétences cliniques a toujours été détenue par le médecin traitant. Le thérapeute était un simple outil utilisé pour fournir les services prescrits. La profession a évolué, les thérapeutes sont mieux formés et plus autonomes, mais la perception de la relation entre le médecin et le thérapeute n’a pas changé.

De plus, non seulement sommes-nous tributaires d’un système de paiement qui ne récompense pas la qualité, mais l’ensemble de la communauté résiste aux efforts pour intégrer la qualité (la valeur) aux conditions de paiement. 

 

Ainsi, les payeurs continuent de nous percevoir comme un coût à limiter le plus possible plutôt que comme une précieuse option thérapeutique dont il faut tirer parti. Tant que 1) nous n’adopterons pas un système de paiement qui tient compte de la valeur et que 2) nous ne contrôlerons pas les données et les outils de collecte de données utilisés pour démontrer cette valeur, les sociétés d’assurance continueront de chercher des moyens de réduire nos paiements. 

Après tout, à leurs yeux, nos services ne sont rien de plus qu’un produit, et comme tous ceux qui achètent un produit, ils veulent payer le moins cher possible.

Nous savons qu’ils se trompent. 

Nous savons que nous ne sommes pas un service, que nous ne sommes pas un produit et que nous ne sommes sûrement pas une marchandise. 

 

En fait, dans les cas touchant des problèmes neuromusculaires, nos compétences cliniques équivalent à celles de nos collègues médecins. En fait, elles les dépassent souvent largement. 

Lorsque les patients qui éprouvent de tels problèmes viennent d’abord nous voir, nous sommes non seulement en mesure de leur préparer des plans de soins efficaces et d’en assurer le suivi, mais nous le faisons également de manière moins invasive et souvent moins coûteuse que la plupart des autres types de professionnels. 

En substance, nous obtenons de meilleurs résultats. N’est-ce pas là la définition de soins valables?

Bien sûr, le problème c’est que nous n’avons pas démontré cette valeur, du moins pas à grande échelle. 

Nous avons plutôt : 

  • maintenu nos données sur les résultats et le coût des soins en vase clos,
  • utilisé des outils exclusifs pour suivre nos résultats, ce qui les rend inutiles hors du milieu de la réadaptation;
  • complètement omis de suivre les résultats de nos patients.

Il n’y a pas d’autres solutions : pour démontrer notre valeur à titre de membres essentiels de l’équipe soignante et pour couper court au malentendu de longue date selon lequel la physiothérapie n’est rien d’autre qu’une marchandise livrée sans tenir compte des compétences cliniques, nous devons regrouper nos efforts de collecte de résultats. 

 

Même les propriétaires de clinique qui ont mis sur pied des programmes de suivi des résultats se plaignent souvent du peu d’influence de leurs données sur les géants des assurances, simplement parce que dans bien des cas, les grands joueurs veulent des données à grande échelle. 

Plus encore, ils veulent voir des données qu’ils peuvent comprendre, analyser et comparer facilement dans le continuum des soins. Il est donc impératif de standardiser notre processus de collecte de données sur les résultats, de même que les outils que nous utilisons.

Alors, comment faire pour commencer à accumuler ces données? 

Comment réussir à inciter une assez forte proportion de physiothérapeutes à adopter les mêmes mesures de suivi des résultats? 

 

Il faut commencer par en parler, et c’est exactement pour cette raison que j’écris autant d’articles sur le sujet. 

Je cogne sur le même clou depuis déjà un certain temps, et je poursuivrai tant que le milieu de la réadaptation ne se sera pas doté d’une stratégie efficace et coordonnée de suivi des résultats.

Que nous le voulions ou non, l’ère des soins axés sur la valeur s’en vient. Ainsi, comme tous les autres dispensateurs de soins, les thérapeutes en réadaptation ne peuvent plus se contenter de croire que leur valeur est ancrée dans leurs interventions. 

Nous le savons tous : des soins vraiment valables sont loin de se limiter au simple traitement. Ils tiennent compte du moment où ils sont administrés, de l’expérience globale du patient qui les reçoit et, surtout, de la personne qui les donne.

Alors, suivrez-vous mon exemple? 

Adhérerez-vous au mouvement pour mettre un terme au marchandisage de notre profession? 

Je l’espère, parce que si nous mettons cartes sur table, je suis convaincu que nous verrons le jour où « aller en physiothérapie » disparaîtra du vocabulaire de nos patients et sera remplacé par « aller chez le physiothérapeute ».

 

Affiché pour la première fois, en anglais, dans le blogue WebPT 

 

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