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REP 27 - « Vous n’allez pas utiliser les machines? » Le problème des modalités

Anonymous

Nouvelle diplômée, j’ai trouvé du travail dans une clinique en pratique privée où je profitais d’un mentor, une physiothérapeute qui avait plus de 20 ans d’expérience et que j’appellerai Jenny. 

Je passais régulièrement mes dossiers en revue avec elle et je discutais des moyens d’améliorer mes évaluations et mes traitements. Nos rencontres m’étaient précieuses alors que je passais de la vie étudiante au « monde réel ».

En travaillant auprès de Jenny, je me suis rendu compte qu’elle prescrivait de nombreuses modalités à ses patients, y compris les échographies, la stimulation musculaire électrique, le courant interférentiel (CI), la neurostimulation électrique transcutanée (NSET) et les lasers. Parfois, quand elle examinait mes dossiers, Jenny me donnait l’impression d’être incompétente parce que je n’incluais pas plus de modalités dans mes plans thérapeutiques. 

Pendant l’une de nos rencontres, elle s’est arrêtée sur quelques dossiers de patients qui avaient volontairement mis un terme à leur traitement. 

Elle m’a dit : « Tu dois t’organiser pour que les patients aient l’impression d’en avoir pour leur argent. Même après la première évaluation, donne-leur au moins un CI et un enveloppement chaud. » 

Après réflexion, j’ai eu l’impression que j’aurais pu traduire son intervention par : « Prescris plus de modalités et la clinique fera de meilleures affaires. » 

Je me suis graduellement rendu compte qu’en insistant sur les modalités, il est plus facile de voir et de facturer plus de patients à l’heure, parce qu’on peut voir plusieurs patients en même temps.

Les séances lourdes en modalités peuvent donner aux patients l’impression « d’en avoir pour leur argent » parce qu’elles sont longues, mais ils ne se rendent pas compte qu’en passant moins de cinq minutes seuls avec le physiothérapeute, ils ne reçoivent peut-être pas des soins de qualité.

Je trouve inapproprié d’utiliser des modalités dont l’application n’est pas démontrée simplement pour inciter les patients à revenir.

 

Je pense que « le pain et le beurre » de la physiothérapie reposent sur les soins pratiques, l’éducation des patients, les programmes d’exercices à domicile et l’autonomisation des patients. 

À l’époque, j’étais enthousiaste à l’idée d’élaborer mes propres théories sur le meilleur moyen d’aider mes patients, et je voulais que mon mentor m’aide à parfaire mes compétences. Parallèlement, je commençais à avoir l’impression que le mentorat servait davantage à accroître les revenus de la clinique qu’à offrir des soins de qualité.

J’ai commencé à remarquer que certains patients me disaient : « La physiothérapeute précédente me branchait à un tas de machines. N’allez-vous pas me les installer? » 

À titre de physiothérapeute ayant l’intérêt de mes patients à cœur, j’utilisais la période du rendez-vous pour mettre au point des plans de traitement adaptés. 

Lorsque les patients me demandaient pourquoi je n’utilisais pas plus de modalités, je leur répondais que dans certaines situations, les données n’en soutenaient pas l’utilisation. 

 

À mon avis, apprendre aux patients à bouger davantage et à bouger mieux est au cœur de la physiothérapie. 

En plus de ressentir la pression d’utiliser plus de modalités, j’ai vu que le directeur de la clinique affichait les profits du mois précédent sur le babillard des employés. Par cette pratique, les assistants-physiothérapeutes (qui gagnaient le salaire minimum) se sentaient particulièrement surchargés et sous-estimés. 

Les mois ont passé, et j’ai fini par juger évident que la clinique était poussée par les profits et non par la qualité des soins.

Finalement, j’ai décidé de partir, en grande partie à cause de cette culture axée sur les profits. 

Selon moi, la réussite d’une clinique devrait reposer sur sa capacité à améliorer la qualité de vie de ses patients. Je pense que la réputation des physiothérapeutes en dépend.

 

À votre tour

1. Vous êtes-vous déjà senti contraint d’utiliser plus de modalités dans votre pratique?

2. Avez-vous déjà vu un directeur de clinique afficher les profits ou des objectifs pour promouvoir les ventes?

3. Avez-vous déjà eu un mentor qui vous a donné des conseils discutables? Qu’avez-vous fait?

 

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