Retour à tous

Hilary Crowley
 

J’ai eu une carrière longue et variée comme physiothérapeute. J’ai débuté avec une expérience enrichissante en travaillant à la clinique pédiatrique Baragwanath de Soweto, en dehors de Johannesburg. C’était pendant l’apartheid et il n’y avait aucun physiothérapeute africain formé en Afrique du Sud à l’époque.
 

Ma collègue physiothérapeute et moi étions les seules Blanches au centre. Les autres, le personnel infirmier, la sœur qui était responsable de l’endroit et tous les enfants étaient des Africains de Soweto. Les membres du personnel étaient expérimentés et géraient bien la clinique.
 

Le pédiatrie était un Blanc d’Afrique du Sud et faisait de la clinique tous les mercredis après-midi. Ces jours-là, nos rôles étaient inversés. Le pédiatre s’adressait à nous, les physiothérapeutes, avec respect, mais donnait des ordres aux sœurs africaines, nos supérieures. La sœur responsable du centre parlait couramment sept langues et était très respectée à la clinique, mais les mercredis après-midi, elle n’était pas traitée avec tout le respect qu’elle méritait. Les autres sœurs et elle n’étaient pas libres de voyager et n’avaient certainement pas le droit de vote. Ceci a été mon introduction au colonialisme de l’Afrique et à la flagrante discrimination raciale.

 

Plusieurs années plus tard, j’ai quitté l’Angleterre pour m’installer au Canada. J’ai habité à Montréal pendant la crise du FLQ avant de travailler dans l’Ouest, en Colombie-Britannique. Là-bas, j’ai travaillé comme thérapeute itinérante pour CARS et j’ai rencontré plusieurs clients autochtones. Je ne connaissais vraiment pas leur culture à l’époque. Je me souviens d’un homme qui m’avait répondu qu’il était tombé de son « cat » (un chat en anglais) lorsque je lui ai demandé comment il s’était cassé la jambe. J’ai ri. Il a d’abord eu l’air surpris, puis il m’a expliqué que « cat » était l’abréviation de Caterpillar, ce que moi j’avais toujours appelé un bulldozer!
 

J’ai travaillé auprès des communautés autochtones près de Burns Lake et Fort St. James et me suis ensuite installée au Prince George Regional Hospital, où j’ai travaillé pendant 30 ans. Pendant cette période, j’ai pris un congé sans solde d’un an et j’ai travaillé comme formatrice en physiothérapie dans un programme rural de réadaptation communautaire au sud de l’Inde au plus fort de l’épidémie de polio. Je faisais partie d’une minorité visible en Inde puisque j’étais la seule personne de race blanche au sein du personnel et je travaillais dans des villages ruraux où les gens n’avaient jamais vu de Blancs.
 

En Inde, j’ai appris l’humilité en étant témoin du dévouement du personnel et de l’appréciation des familles avec lesquelles nous travaillions. J’ai vite appris à m’intégrer le mieux possible à la culture en portant des vêtements indiens, en mangeant de la nourriture épicée avec les doigts, sans ustensiles, trois fois par jour. J’ai travaillé avec l’aide d’un interprète et me suis habituée à m’asseoir par terre les jambes croisées la majeure partie de la journée, à utiliser des toilettes à la turque et à ne pas avoir d’eau chaude courante.
 

J’ai appris à aimer ce mode de vie et après une année en Inde, j’ai fondé un organisme de bienfaisance à Prince George pour appuyer leur travail et j’ai commencé à y retourner chaque année pour développer davantage le programme et donner plus de formation à l’équipe de réadaptation communautaire. Depuis quinze ans, j’emmène des physiothérapeutes canadiens et des étudiants en ergothérapie en Inde pour des stages internationaux afin qu’ils puissent eux aussi faire l’expérience de cette diversité culturelle.  
 

 

 

Mon travail le plus récent au Canada a été comme thérapeute pédiatrique itinérante dans les mêmes communautés où j’ai commencé ma carrière : Burns Lake et Fort St. James et des communautés autochtones plus isolées comme Fort Babine, Takla Landing et Tachie. L’humilité culturelle que j’ai apprise en Inde m’a aidée dans mon travail de thérapeute pédiatrique auprès des familles autochtones, mais nous avons encore beaucoup de chemin à faire.
 

En Inde, nous avons d’abord rencontré le conseil du village. Ensuite, nous avons rencontré tous les différents groupes culturels dans leur village en nous assurant que toutes les femmes étaient également représentées. Ce n’est qu’après ce processus que nous avons commencé à travailler avec les familles dans ces communautés. Dans notre contexte autochtone ici au Canada, nous devons nous assurer d’inclure toutes les familles et les groupes culturels et de toujours être humbles dans notre approche.    
 

La division en santé mondiale de l’ACP s’est agrandie avec la création d’un sous-comité de la santé autochtone. Récemment, notre sous-comité a défini nos objectifs qui sont les suivants :
 

Objectif : Contribuer à améliorer la santé des Autochtones et réduire les inégalités entre les Autochtones et les colons en :

  1. Entretenant l’engagement et les liens entre les physiothérapeutes autochtones au Canada pour faire un pas vers le leadership autochtone dans la physiothérapie au Canada.
     
  2. Appuyant les physiothérapeutes non autochtones au Canada (c.-à-d., les colons) pour atténuer les inégalités entre les Autochtones et les colons par le développement des capacités dans :

a.la prestation de soins de santé culturellement sécuritaires, humbles et appropriés qui respectent l’unicité des peuples et des communautés autochtones et;

  1. la compréhension de leur complicité dans les systèmes d’inégalité qui favorisent les inégalités entre les Autochtones et les colons au niveau de la santé, surtout la colonisation et le racisme des colons.
     

Célébrant et démontrant des examples de collaboration entre les Autochtones et les colons en physiothérapie qui illustrent la solidarité et des partenariats authentiques.
 

Il est important que nous reconnaissions nos rôles dans la perpétuation de la mentalité du régime colonial et que nous acceptions notre complicité dans les attitudes qui ont mené à des inégalités en matière de santé et de soins de santé au Canada.
 

Le rapport de la Commission Vérité et Réconciliation a recommandé plusieurs mesures spécifiques en rapport aux soins de santé et à l’éducation. En particulier, la no 22 nous demande de reconnaître la valeur des pratiques de guérison autochtones et d’utiliser ces pratiques dans le traitement de patients autochtones. La no 23 nous demande de voir à l’accroissement du nombre de professionnels autochtones travaillant dans le domaine des soins de santé et d’offrir une formation en matière de compétences culturelles à tous les professionnels de la santé. La no 24 demande aux écoles de médecine et aux écoles de sciences infirmières du Canada d’exiger que tous leurs étudiants suivent un cours portant sur les questions liées à la santé qui touchent les Autochtones et une formation axée sur les compétences. Les appels à l’action détaillés sont disponibles en ligne sur le site www.trc.ca.
 

Plusieurs écoles de physiothérapie au Canada sont sur la bonne voie pour établir les aspects pertinents du curriculum et les initiatives axées sur le recrutement et le mentorat d’étudiants et de thérapeutes autochtones. Nous avons tous besoin d’apprendre la sécurité et l’humilité culturelles.
 

On peut trouver un exemple de collaboration entre les colons et les Autochtones à la Central Interior Native Health Service Society (CINHS) à Prince George. Terry Fedorkiw, une physiothérapeute de Prince George, y offre des services depuis cinq ans et offre des stages aux étudiants. Elle affirme que, pour les thérapeutes et les étudiants, l'aspect le plus important est qu'ils devraient suivre un cours sur les compétences culturelles avant de travailler avec des Autochtones. 

 

 

La CINHS est un établissement interprofessionnel de soins de santé primaires. Située au centre-ville de Prince George, la CINHS offre des services aux gens qui vivent dans la rue ou en situation d’itinérance et qui sont en majorité des Autochtones. Les professionnels et les membres du personnel jouent un rôle d’égale importance dans la défense des intérêts des patients et offrent une approche holistique aux soins. Chaque semaine, la CINHS tient une rencontre où les besoins des clients (p. ex., hébergement, santé mentale, médicaments, problèmes de mobilité, etc.) peuvent être abordés.
 

La CINHS intègre les pratiques traditionnelles dans les activités quotidiennes de la clinique. Les membres du personnel invitent les patients à ramasser avec eux de la sauge pour leurs cérémonies et de l’aralie épineuse pour fabriquer un médicament topique traditionnel. La rencontre hebdomadaire commence par une cérémonie de purification et une prière. Les membres du personnel et les patients participent aussi à des cérémonies de l’oubli (« letting go ceremonies ») pour les membres de leurs familles personnelle et professionnelle qui sont décédés.
 

Des services de soins de proximité sont aussi offerts à domicile, à l’hôpital, en prison et dans les réserves. Les étudiants en apprennent plus au sujet de la sécurité culturelle, ce qui est important pour le reste de leur carrière, et ce, peu importe l’endroit où ils vont pratiquer. Ils apprennent le respect et l’écoute. Tisser des relations importantes peut prendre du temps, mais Terry dit que si les étudiants posent les bonnes questions et écoutent vraiment, leurs patients leur diront tout ce qu’ils ont besoin de savoir et qu’ils leur feront confiance.
 

Sans ces services, ces gens n’auraient pas accès à des services de réadaptation, ce qui est tellement vrai pour les gens vivant dans des communautés éloignées. Terry a mis en place un réseau de soutien qui comprend le Child Development Centre pour les personnes ayant besoin de soutien pédiatrique et l’hôpital pour l’utilisation de son gymnase et de sa piscine, que ses patients adorent, et les services de réadaptation communautaires.  
 

Terry a dit : « En raison du taux élevé de problèmes de santé (p. ex., douleur chronique et arthrite), les étudiants et moi avons élaboré des programmes sur mesure pour répondre aux besoins de notre population ».
 

Terry a eu une brillante carrière en tant que physiothérapeute. Elle a fondé les deux premières cliniques privées à Prince George et a suivi des cours spécialisés en acupuncture, en santé des femmes et en manipulation. Cependant, elle affirme : « ceci a été l’aspect le plus gratifiant de ma carrière. Premièrement, les patients qui n’ont jamais fait de réadaptation avant, sont tellement reconnaissants pour la moindre chose que nous faisons afin de les aider à regagner de la mobilité. Et deuxièmement, faire du mentorat auprès des étudiants dans les soins interprofessionnels aux populations autochtones ».  
 

Ce serait merveilleux si d’autres partageaient leurs histoires qui illustrent la collaboration entre les Autochtones et les colons pour inspirer davantage d’entre nous à poursuivre cet objectif d’améliorer la santé autochtone et d’atténuer les inégalités dans notre système de santé.
 

Le sous-comité de la santé autochtone de la division en santé mondiale de l’ACP serait heureux de servir de mentor auprès de physiothérapeutes dans leurs efforts pour améliorer leur pratique et de s’ouvrir à la diversité culturelle et à l’humilité. Des ressources sont offertes sur le site de la division en santé mondiale.

globalhealth@physiotherapy.ca
 

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