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Soins de santé : le débat doit avoir lieu

Melissa Anderson, PT

 

Melissa Anderson, P.T.,

 

Récemment, un billet du Dr Louis Francescutti était publié sur le site Web de l’Association médicale canadienne (AMC). Dans ce billet, le Dr Francescutti constatait qu’il y avait trop peu de comptes à rendre dans le système de santé et affirmait que les médecins avaient leur part de responsabilité à assumer dans la résolution du problème. Il avançait une solution possible : que tous les médecins soient des salariés dont le contrat serait renouvelable et renégociable annuellement en fonction de certaines normes d’exécution plutôt que du modèle actuel de rémunération à l’acte.

 

Pour ceux qui prennent part au dialogue sur les changements à apporter au système de santé, cette idée n’a rien de choquant. On peut penser que les patients applaudiraient cette manière altruiste d’aborder la réforme. La proposition du Dr Francescutti reposait sur une approche des soins centrée sur le patient, motivée par la maîtrise des dépenses et la responsabilisation. Qu’elle ait été mal accueillie par une partie des membres de l’AMC n’est pas entièrement étonnant. Ce qui étonne, en revanche, c’est la décision de l’AMC de retirer le billet de son site Web.

 

Le Dr Francescutti n’était pas sans savoir que ses propos seraient controversés. Il est probable qu’il voulait se servir de son billet pour lancer un débat, duquel auraient pu naître des idées, des innovations et des changements positifs dans le secteur des soins de santé.  

 

Étouffer le débat ne fait qu’empêcher de nouvelles idées d’être exprimées et renforcer le statu quo. Certes, changer le mode de prestation des soins de santé sera douloureux. Mais les bouleversements sont parfois nécessaires. Sur quoi l’ACP et l’ensemble du milieu de la physiothérapie doivent-ils engager la discussion pour favoriser le changement?

 

Comment en sommes-nous arrivés là?

Parmi les multiples dossiers sur lesquels on doit se pencher en matière de santé, l’un des plus pressants est celui du modèle de financement. On rétribue beaucoup les services de santé non en fonction de la qualité, mais strictement en fonction de la quantité. Une grande partie des médecins sont rémunérés à l’acte par les provinces et les territoires, sans qu’on se préoccupe de la qualité des services fournis.

Cela ne va pas du tout.

 

Le système de soins de santé universel du Canada n’a pas suivi l’évolution de la société canadienne. Quand il a été instauré, dans les années 1950 et 1960, la population canadienne était jeune. Le diagnostic de polio d’un enfant pouvait alors littéralement mettre la ferme familiale en faillite. Le système était conçu pour que les médecins et les hôpitaux dispensent des soins de courte durée. C’était la solution appropriée pour l’époque.

 

Les temps ont changé, mais pas le système. La population canadienne est aujourd’hui beaucoup plus âgée, et une grande partie des soins qu’elle nécessite concernent des maladies chroniques. Le modèle établi de rémunération à l’acte ne convient plus. Alors qu’il est l’un des pays de l’OCDE qui dépensent le plus pour les services des médecins, le Canada est aussi de ceux qui obtiennent les plus mauvais résultats. Et le coût des services donnés par les médecins continue d’augmenter.

Dans son rapport sur l’innovation en matière de soins de santé, David Naylor soutient qu’il est temps de revoir le modèle fondé sur la rémunération à l’acte, d’envisager une autre forme de rémunération des médecins. Ce rapport présente des modèles fructueux de « paiements regroupés » qui récompensent les fournisseurs pour l’amélioration des résultats en matière de santé.

 

C’est en ayant un dialogue ouvert, où nos membres pourront exprimer librement leurs opinions, que nous trouverons la meilleure solution. Peut-être cet article en mènera-t-il certains à imaginer des moyens créatifs et novateurs d’améliorer l’efficience de notre système de santé. C’est ce que j’espère.

 
 

Les résultats peuvent faire partie de la solution

Comme physiothérapeutes et assistants-physiothérapeutes, nous excellons à mesurer nos interventions. Nous devons cependant parvenir à mieux mesurer les résultats de nos soins, pour pouvoir démontrer clairement la valeur que nous apportons au système de santé. Nous avons besoin de données sur les résultats qui prouvent que les soins que nous payons collectivement donnent les résultats dont les Canadiens ont besoin. C’est grâce à ces mesures que nous pourrons communiquer efficacement notre valeur.

 

Supposons que nous comparions deux prestataires de soins primaires.

 

Le prestataire A voit 12 patients à l’heure. Pour arriver à maintenir ce rythme, il a affiché dans sa salle s’attente un message informant ses patients qu’ils ne seront vus que pour un seul problème de santé par rendez-vous.  

 

Le prestataire B a la conviction qu’il doit traiter la personne dans son intégralité. Pour cela, il doit souvent consacrer du temps à l’éducation des patients et à du counseling sur divers sujets, ce qui fait qu’il ne voit que six patients à l’heure.  

 

Le modèle de rémunération à l’acte fait en sorte que le prestataire A facture deux fois plus d’honoraires à la province que le prestataire B.  

 

Cela est-il juste?  

 

Quels patients sont les mieux traités?  

 

Quels patients ont les meilleurs résultats?  

 

Collectivement, en obtenons-nous plus pour notre argent dans le scénario A ou dans le scénario B?  

 

Hypothèses et réalité

Nous pourrions avancer des hypothèses. Mais le fait est que nous n’avons aucun moyen de savoir qui donne ou reçoit les meilleurs soins. Sans mesures des résultats déclarés par le patient (MRDP) ajustées en fonction du risque, nous comparons essentiellement des pommes avec des oranges. Les patients d’un milieu donné pourraient être majoritairement âgés et atteints de plusieurs maladies chroniques, tandis que ceux d’un autre milieu seraient plus jeunes et plus en santé.

 

Bref, il faut avoir ce débat.

Comme contribuables et comme utilisateurs des services de santé, nous devons avoir un dialogue ouvert sur les modèles de financement des soins de santé; avoir des discussions franches où même les « vaches sacrées » sont analysées et évaluées.

Nous devons faire la démonstration du lien entre les soins fournis et les résultats produits et créer des campagnes de sensibilisation pour faire passer le message.

Nous devons recueillir les données montrant que la physiothérapie est efficiente et efficace. La physiothérapie a des solutions rentables à apporter à certains des problèmes de santé les plus pressants de notre époque.  

Il nous faut commencer à payer pour la qualité des soins de santé (#QualityPT) et non plus pour la quantité seulement.

Le débat est donc ouvert : Sur quoi l’ACP et l’ensemble du milieu de la physiothérapie doivent-ils engager la discussion, selon vous, pour favoriser le changement?

 
 

À propos de Melissa

Melissa Anderson est diplômée en physiothérapie de l’Université Dalhousie. Elle a passé la majeure partie de sa carrière dans le secteur public au Nouveau-Brunswick, comme clinicienne, chef de pratique professionnelle et gestionnaire, avant de retourner à la même université faire une maîtrise en administration publique. Elle fait du bénévolat au Collège des physiothérapeutes du Nouveau-Brunswick (anciennement l’Association des physiothérapeutes du Nouveau-Brunswick, où elle a aussi été bénévole). Elle s’est jointe à l’ACP récemment en tant que conseillère principale en politiques.

Melissa a aussi vécu plusieurs années au rythme de la vie de hockeyeuses de ses trois filles, qui quittent à présent progressivement le nid familial pour prendre le chemin de l’université. Vous pouvez la suivre sur Twitter : @CPA_Melissa