C’est avec tristesse que nous, Carol L. Richards et Joan M. Walker, avons appris le décès de notre amie et collègue Doreen Wheelwright (née Moore), de la part de collègues australiens. Elle s’est éteinte le 8 avril 2020 à Crockwell, en Nouvelle-Galles-du-Sud, à l’âge de 86 ans. Ses contributions à la profession lui ont valu une réputation mondiale.

Doreen avait du charisme, un leadership naturel et le don de s’entourer des gens les plus compétents. En plus d’avoir été présidente de l’ACP, elle a tenu les rênes de l’Association australienne de physiothérapie et de la WCPT (1970-1974). Ces organisations lui ont rendu hommage, soulignant ses nombreuses contributions. Le présent hommage vise à saluer le rôle qu’elle a joué dans l’évolution de notre profession au Canada.

Doreen a commencé sa carrière en physiothérapie au North Shore Hospital, à Sydney en Australie. Après avoir passé quelque temps en Angleterre, elle est déménagée à Saskatoon, en Saskatchewan, au début des années 1960 pour travailler comme chef du département de physiothérapie au University Hospital. Elle s’est rendue à Vallejo, en Californie, pour suivre une formation sur la facilitation neuromusculaire proprioceptive (FNP), une technique considérée comme révolutionnaire à l’époque pour traiter les blessures neuromusculaires. Désireuse de poursuivre ses études pour obtenir un baccalauréat en physiothérapie, elle a ensuite fréquenté l’Université du Manitoba, qui a été la première à offrir un programme menant au baccalauréat dans ce domaine.

À Saskatoon, Doreen a créé et donné, au University Hospital, un cours de trois mois sur la FNP, qui est devenu un cours d’études supérieures de l’Université de la Saskatchewan donnant droit à des crédits et menant à la maîtrise ès sciences. À la fin des années 1960 et au début des années 1970, Saskatoon s’est transformé en pôle d’attraction pour les physiothérapeutes canadiens et du monde entier grâce à Doreen, devenue figure de proue dans ce domaine sur la scène canadienne et internationale. Ils sont venus en grand nombre à Saskatoon pour suivre son très populaire cours de FNP, et plusieurs y sont demeurés pour pratiquer leur métier, ajoutant ainsi une touche internationale à l’exercice de la profession.

« Elle avait l’étoffe d’une leader, raconte un diplômé en physiothérapie de l’Université de la Saskatchewan. Après ses études à l’Université du Manitoba, elle est revenue occuper un poste nouvellement créé au University Hospital. Nous l’appelions affectueusement le “dragon rouge” en raison de ses cheveux d’un roux éclatant et de son ardeur à défendre les “thérapies”. Je me souviens du gâteau orné de l’unifolié que nous avons partagé pour souligner l’obtention de sa citoyenneté canadienne. Et son cours sur la FNP était passionnant. Deux thérapeutes d’Afrique du Sud et un autre de l’Australie étaient venus nous parler de leur pratique de la physiothérapie et de leur vie chez eux. Leurs récits nous ont vraiment ouvert les yeux. Doreen nous a permis de mieux saisir ce qui se passait au-delà de la province et du pays. »

« J’ai rencontré Doreen alors que j’étais étudiante à la maîtrise en médecine de réadaptation à l’Université de la Saskatchewan, en 1970, se remémore pour sa part Carol Richards. Ayant suivi le cours de FNP, j’ai pu la connaître en tant qu’enseignante, mentore et véritable leader. Une vraie bonne personne qui a motivé beaucoup de jeunes thérapeutes à faire des études à la maîtrise et au doctorat. Au début des années 1970, les médecins chercheurs suédois étaient connus pour leurs recherches sur les bases physiologiques des techniques de neuroréadaptation. Doreen et Ingrid Odeen, alors présidente de l’Association suédoise de physiothérapie, ont joué un rôle clé pour me permettre de poursuivre mes études aux cycles supérieurs sous la houlette du professeur Evert Knutsson, une sommité mondiale de la recherche sur la réadaptation neurologique, à l’hôpital Karolinska à Stockholm. »

Durant son mandat à la tête de la WCPT, Doreen a quitté Saskatoon pour entreprendre une maîtrise en administration des services de santé à l’Université de l’Alberta à Edmonton. Au terme de ses études, au milieu des années 1970, elle a été nommée directrice des services de réadaptation du Centre des sciences de la santé de Winnipeg. Puis, elle est rentrée chez elle en Australie pour devenir directrice de l’école de physiothérapie du collège Cumberland (aujourd’hui l’Université de Sydney). Sous sa gouverne, l’Université de Sydney s’est forgé une bonne réputation grâce à ses nombreux chercheurs en physiothérapie et à ses programmes de cycles supérieurs axés sur la pratique en clinique, dont les diplômés ont fait évoluer la profession. « Sa présence, sa vaste expérience internationale et son immense réseau de contacts ont engendré des changements importants », indique Lance Twomey, alors son collègue à l’Université Curtin, avant d’ajouter que son influence dépassait son programme et les frontières de l’Australie.

Doreen est devenue présidente de l’Association australienne de physiothérapie peu après son retour au pays, malgré ses responsabilités administratives et éducatives importantes. Elle a ensuite épousé Rowland Wheelwright.

À titre de présidente de la WCP, elle a transformé les congrès de physiothérapie en outils d’évolution de la profession. Le congrès de la WCPT qui a eu lieu à Montréal en 1974 a marqué le début de la reconnaissance de la physiothérapie en tant que science clinique. À cette occasion, des physiothérapeutes qui sont par la suite devenus des chefs de file universitaires dans de nombreux pays ont présenté les résultats de leurs recherches. Doreen a supervisé le congrès de 1987 de la WCPT à Sydney, reconnu pour la qualité de son organisation, ses nouveaux mécanismes d’interaction avec les intervenants et l’excellence de son programme scientifique, qui montrait à quel point la profession s’appuyait de plus en plus sur la recherche. Selon certains, ce congrès et la création ultérieure de la Fondation pour la recherche en physiothérapie de l’Australie – et leurs retombées inattendues – ont marqué « l’avènement » de la physiothérapie australienne.

Liste de réalisations

  • Présidente de l’Association canadienne de physiothérapie (1968-1969)
  • Présidente de l’Association australienne de physiothérapie (1978-1979)
  • Présidente de la WCPT (1970-1974)
  • Rôle pivot dans la modification des règlements de la WCPT faisant de la physiothérapie une discipline de soins primaires, une cause qu’elle avait défendue avec succès en Australie. La WCPT a adopté une motion selon laquelle « le statut de fournisseur de soins primaires doit être interprété dans chaque pays à la lumière des normes qui y sont en vigueur. »
  • Représentante du Canada au comité exécutif de la WCPT (1967)
  • Première physiothérapeute à diriger le comité des normes du Conseil australien des normes de soins de santé
  • Première physiothérapeute nommée à une commission d’enquête du gouvernement du Commonwealth
  • Membre fondatrice du comité de gestion de la Fondation pour la recherche en physiothérapie de l’Australie

Liste de prix et de récompenses

  • Ordre de l’Australie
  • Médaille du centenaire du Canada
  • Médaille d’or universitaire (Université du Manitoba)
  • Membre honoraire de l’Association australienne de physiothérapie
  • Médaille d’or du service en physiothérapie de la WCPT
  • Membre honoraire des associations mexicaine et colombienne de physiothérapie

 


Crookwell Gazette, 21 mai 2020, Goulburn (Nouvelle-Galles-du-Sud)
Site Web de la WCPT : Nouvelles de mars 2006, publication du 60e anniversaire, 2011
Head, Heart and Hands: The Story of Physiotherapy in Canada. Joan Cleather, ACP, 1995

Carol L. Richards, OC, CQ, Ph. D., P.T., ACSS
Joan M. Walker, Ph. D., FAPTA, FNZSP, membre à vie de l’ACP, professeure émérite