Retour à tous

Par : Karen Lok Yi Wong, RSW, BSW

Les physiothérapeutes et les travailleurs sociaux ont de nombreuses occasions de collaborer. Ces occasions peuvent varier si on travaille avec diverses clientèles et divers milieux de soins. Dans cet article, je désire partager mon expérience en tant que travailleuse sociale qui collabore avec les physiothérapeutes dans trois établissements de soins de longue durée à Vancouver et la manière dont nous avons fait équipe pour soutenir nos résidents et leur famille. Une bonne collaboration interdisciplinaire est importante parce qu’elle optimise l’accès aux ressources pour les résidents et les familles, facilite une meilleure planification des soins pour les résidents, améliore la communication entre l’équipe et les résidents et leur famille, offrant ainsi aux résidents des soins plus holistiques.

Présentation et accès aux ressources

Les résidents nouvellement admis et leur famille ont souvent des questions au sujet des ressources sur la prévention des chutes, la réadaptation, le rétablissement et le renforcement de la mobilité. Dans de telles situations, les physiothérapeutes et les travailleurs sociaux peuvent faire équipe. Les travailleurs sociaux peuvent brièvement présenter des programmes et des équipements de physiothérapie (p. ex., marchettes, salle de physiothérapie) aux résidents et à leur famille pour éviter que toutes les questions reposent sur les épaules du physiothérapeute. Un physiothérapeute peut ainsi concentrer ses efforts et son expertise sur la gestion de problèmes plus urgents et plus complexes (p. ex., faire l’évaluation lors de l’admission, voir un résident qui vient de faire une chute).

En Colombie-Britannique, la physiothérapie et les équipements de physiothérapie ne sont pas couverts par le Medical Service Plan (MSP) dans les soins de longue durée. Il est possible que les résidents et leur famille qui ont des ressources limitées ne puissent pas se payer de la pĥysiothérapie et l’équipement requis. Par conséquent, les physiothérapeutes, les travailleurs sociaux et les autres membres de l’équipe (p. ex., le personnel infirmier) devront travailler en collaboration avec les résidents et leur famille pour s’y retrouver dans le système et apporter le plus de soutien possible (p. ex., chercher de l’aide financière possible et des marchettes données).

Planification des soins

Les physiothérapeutes, les travailleurs sociaux et les ludothérapeutes se réunissent souvent pour traiter des problèmes de mobilité, des problèmes socio-émotionnels et des problèmes de participation aux activités des résidents puisque ces trois domaines sont interreliés. Le fait de se réunir contribue à faire en sorte que notre planification de soins interdisciplinaire réponde mieux aux besoins des résidents. Par exemple, un résident nouvellement admis n’est pas actif pendant le programme de mobilité avec un assistant-physiothérapeute. Cependant, ce même résident est très actif pendant un programme d’exercice de groupe avec un assistant en ludothérapie. Le physiothérapeute, le travailleur social et le ludothérapeute voient ces résultats et se les transmettent. Le travailleur social parle ensuite au résident et à sa famille et se rend compte que ceci est lié au passé du résident en ce qui a trait à l’environnement dans lequel il a grandi. Le résident a vécu au sein d’une grande famille pendant toute sa vie et, par conséquent, le fait d’être entouré de personnes lui donne un sentiment de réconfort et de joie. Comme le programme de mobilité est individuel, ce résident n’est pas aussi à l’aise avec cette activité. Par contre, le résident aime le programme d’exercice de groupe parce qu’il lui permet d’échanger avec d’autres personnes. Le travailleur social partage cette information avec le physiothérapeute et le ludothérapeute. En tenant compte de cette information, le physiothérapeute et le ludothérapeute peuvent établir un meilleur plan de soins pour répondre aux besoins précis de ce résident comme d’avoir plus de programmes de groupe.

Communication

Les questions en lien avec la physiothérapie peuvent parfois impliquer des éléments très complexes de communication et d’établissement de relations avec les résidents et leur famille. Les physiothérapeutes et les travailleurs sociaux peuvent aussi collaborer dans ces situations. Par exemple, la perte de mobilité d’un résident est de plus en plus importante en raison du vieillissement et d’autres problèmes cognitifs et de santé. Le conjoint ou la conjointe du résident demande fréquemment à parler au physiothérapeute et dit espérer que le résident recouvre sa mobilité. Malheureusement, cet espoir n’est pas réaliste. Au lieu de se concentrer sur le résident, le travailleur social essaie de comprendre la situation du ou de la conjointe, qui est le principal proche aidant du résident. Les enfants du couple exercent des pressions sur le ou la conjointe afin qu’il ou elle s’occupe bien du résident. La mobilité est un enjeu important pour la famille puisque le résident était très actif et cette image a une forte influence sur la famille. Les membres de la famille entretiennent un faux espoir sur la mobilité du résident. Le physiothérapeute et le travailleur social peuvent travailler en équipe avec le résident et le ou la conjointe. Le travailleur social pourrait travailler avec le ou la conjointe pour réduire le stress que la famille provoque, soutenant ainsi que le ou la conjointe peut gérer la dynamique familiale complexe et bâtir une relation de confiance avec l’équipe. Graduellement, le ou la conjointe pourra entretenir des espoirs plus réalistes sur la mobilité du résident. Après, le travailleur social va communiquer étroitement avec le physiothérapeute et ce dernier va ensuite présenter au conjoint ou à la conjointe des programmes de mobilité adaptés à la mobilité du résident pour approbation.

Les familles peuvent avoir des questions semblables sur la mobilité de leurs proches. Les travailleurs sociaux peuvent aider à organiser une rencontre de famille et inviter un physiothérapeute comme intervenant. Le physiothérapeute peut aider les familles à en savoir plus sur les ressources en physiothérapie et peut répondre à leurs questions. L’avantage de tenir une rencontre réunissant différents membres d’une même famille est qu’elle leur permet d’échanger leurs expériences, plus précisément par rapport à différentes étapes du déclin de la mobilité de leurs proches. Ils peuvent apprendre les uns des autres et avoir une meilleure idée de ce à quoi ils doivent s’attendre afin d’être mieux préparés sur le plan émotionnel.

Finalement, je voudrais exprimer toute ma gratitude aux physiothérapeutes avec j’ai collaboré pendant ma carrière de travailleuse sociale. J’ai tellement appris grâce à leurs connaissances, leurs compétences et leur expertise. Ce fut un honneur pour moi d’avoir la chance de collaborer avec chacun et chacune d’entre eux.
 


 

Karen Lok Yi Wong a reçu une formation en politique sociale dans le cadre d’un baccalauréat et d’une maîtrise à la University of York au Royaume-Uni et une formation en travail social dans le cadre du programme de baccalauréat en travail social (BSW) de l’Université de la Colombie-Britannique au Canada. Elle est une travailleuse sociale autorisée en Colombie-Britannique et pratique dans différents milieux en lien avec les personnes âgées comme le soutien à domicile, le centre de services communautaires pour les aînés et les soins de longue durée. Depuis de nombreuses années, elle est aussi bénévole pour la Société Alzheimer comme animatrice d’un groupe de soutien familial et formatrice d’atelier, de même que comme membre actif de la British Columbia Association of Social Workers Seniors Community of Practice.